dameYvain chevalier au service du roi Arthur, est tombé amoureux de Laudine, dont il vient de tuer le mari. Alors que Laudine ne pense qu’à venger la mort de son époux, elle est convaincue par sa servante qu’Y vain est désormais le seul  chevalier capable de la défendre et accepte de le rencontrer.

Messire Yvain joignit ses mains, s’agenouilla et parla  en véritable ami.

      —     Dame  je ne crierai pas merci, mais je vous remercierai de tout ce que vous ferez de moi, car rien qui vienne de vous ne saurait me déplaire.

      —     Rien, sire ? et si je vous faisais tuer ?

      —     Grand merci à vous dame : vous ne m’entendrez jamais dire autre chose.

     Je n’ai  jamais vu cela : vous vous mettez du tout au tout et volontiers en mon pouvoir, et cela sans quand je vous contraigne.

     Dame, il n’est pas sans mentir, une force comparable à celle qui me commande de faire votre entière volonté. Je ne redoute rien de ce qu’il vous plaira de m’ordonner. Et si je pouvais réparer le meurtre que j’ai commis malgré moi, je le réparerais sans contredire.

     Malgré vous ? Dites moi comment, et je vous tiens quitte de la réparation. Vous n’avez pas méfait quand vous tuâtes mon seigneur ?

     Pardon, madame : quand votre seigneur m’attaqua, eus-je tort de me défendre ? Un homme attaqué qui tue celui qui veut le prendre ou l’occire fait-il mal ?

     Non, si l’on considère bien la justice, et je pense qu’il serait coupable s’il avait tué. Mais je voudrais bien savoir d’où vous vient cette force qui vous commande de m’obéir sans réserve. Je vous passe tout tort et tout méfait. Mais seyez-vous, et me conter comment il se fait que vous vous êtes si bien apprivoiser.

     Dame la force qui me pousse vient de mon cœur qui dépend entièrement de vous. C’est mon cœur qui m’a mis en ce désir.

     Et qui le cœur, bel ami ?

     Vos yeux, madame.

     Et les yeux qui ?

     La grande beauté que je vis en vous.

     Et la beauté, qu’a-t-elle donc fait ?

     Elle en a tant fait que je suis amoureux.

     Amoureux, et de qui ?

     De vous, chère dame.

     De moi ?

     Certes.

     De quelle manière ?

     De telle manière qu’un amour plus grand n’est pas possible, que mon cœur ne peut se séparer de vous et aller ailleurs, que je ne puis penser à autre chose, que je vous aime plus que moi-même et qu’à votre gré, pour vous je veux mourir ou vivre.

     Et vous oseriez entreprendre de défendre ma fontaine ?

     Oui, madame, contre tout homme.

     Sachez donc que la paix est faite entre nous.

Ainsi l’accord fut promptement conclu.

La dame avait tenu auparavant un parlement avec ses barons.

Chrétien de Troyes, yvain le chevalier au lion.

imagesCACJMRT8 Lisez la suite dans ce roman.P62.

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