gifs6   Avant que ce joyeux ramage n'eût cessé, arriva, de courroux plus ardent que braise, un chevalier menant grand bruit, comme s'il chassait un cerf en rut; à peine se furent-ils aperçus qu'ils se lancèrent l'un contre l'autre en montrant bien qu'ils se vouaient une haine mortelle. Armés chacun d'une solide et roide lance, ils échangent des coups si terribles qu'ils transpercent à la fois leurs écus, les hauberts se démaillent, les lances se fendent et éclatent et les tronçons volent en l'air. C'est alors qu'ils s'affrontent à l'épée; ils ont, au choc des lames, tranché les courroies des écus qu'ils ont si bien hachés menu, dessus et dessous, que les débris en pendent et qu'ils ne trouvent, à s'en couvrir, qu'un vain abri; les écus portent de telles taillades qu'à découvert, sur les côtés, sur la poitrine, et sur les hanches, les jouteurs font l'essai de leurs épées étincelantes. Farouchement, ils se mesurent sans céder un seul pied de terrain non plus que ne feraient deux rocs. Jamais deux chevaliers ne mirent plus de rage à précipiter l'instant de leur mort. Ils veillent à ne pas gaspiller leurs coups, mais ils s'emploient à frapper de leur mieux, bosselant et faussant les heaumes, faisant voler les mailles des hauberts, combat si rude qu'ils se ravissent des flots de sang. Car la vigueur de leurs assauts met leurs hauberts en si piteux état qu'ils n'ont, pour chacun d'eux, guère plus de valeur qu'un froc de moine. En plein visage, ils se frappent d'estoc; qui ne s'émerveillerait de voir s'éterniser une bataille aussi terrible et aussi dure? Mais ils sont tous deux si indomptables que l'un ne céderait à l'autre, à aucun prix, un pouce de terrain, sans le malmener jusqu'à ce que mort s'ensuive; et ils agissent en vrais preux en se gardant bien de blesser ni d'estropier leurs montures où que ce fut, et pas une fois ils ne mirent pied à terre, ainsi la bataille n'en fut que plus belle.

    Chrétien de Troyes , Yvain le chevalier au lion 1181

Questions :

1°) Relevez les verbes de la première phrase et précisez leur temps.

2°) Relevez les verbes de la deuxième phrase et précisez leur temps.Quel effet le narrateur va-t-il chercher à produire, pour décrire ce combat?

Rappel:

Valeur de L’imparfait :

• Il permet de préciser le cadre dans lequel les actions se succèdent.

Il sert d’arrière-plan.

• Il peut servir à décrire des paysages, des personnages, des pensées.

• Il exprime des actions non délimitées dans le temps.

• Lorsque plusieurs verbes sont à l’imparfait dans une même phrase, les actions sont simultanées.

Valeurs du passé simple :

• Le PS permet de décrire des actions de premier plan, qui font avancer le récit.

• Ce temps permet d’évoquer des actions délimitées dans le temps, dont on connaît le début et la fin, ou la durée.

• Le PS permet de décrire des actions successives, qui s’enchaînent.

Le présent de narration : 

Dans un récit au passé, rédigé aux temps du récit, le présent de narration produit un effet de rapidité, et donne l’impression que la scène se déroule sous nos yeux. Lorsque l’auteur revient ensuite aux temps du récit, il arrive qu’il prenne de la distance par rapport à ce qu’il raconte : il commente les événements, juge les personnages ou décrit ce qu’ils ressentent.

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